2 avril 2026

Le 2 avril 2026, le Parlement camerounais s’est réuni en congrès à Yaoundé pour examiner un projet de loi initié par le président de la République Paul Biya visant à introduire un poste de vice-président de la République.

Paul Biya et la vice-présidence au Cameroun : entre continuité institutionnelle et nouveaux défis politiques

Une réforme constitutionnelle qui cherche à sécuriser la succession tout en redistribuant l’exécutif. Le 2 avril 2026, le Parlement camerounais s’est réuni en congrès à Yaoundé pour examiner un projet de loi initié par le président de la République Paul Biya visant à introduire un poste de vice-président de la République. Cette réforme, si elle est adoptée, transformerait l’architecture exécutive actuelle en créant un troisième pôle aux côtés du président et du Premier ministre, tout en redéfinissant les règles de succession présidentielle. Les atouts d’une vice-présidence La création d’un vice-président vise à clarifier le mécanisme de succession. En cas de vacance du pouvoir (décès, démission ou empêchement ) le vice-président achèverait le mandat présidentiel, une prérogative jusqu’ici dévolue au président du Sénat. Ce dispositif présente plusieurs avantages : Pour un pays où la question de la succession présidentielle est particulièrement sensible, cette mesure peut contribuer à stabiliser le système politique et à anticiper les crises potentielles. Les limites et risques potentiels Cependant, la nomination du vice-président par Paul Biya soulève des interrogations sur la légitimité démocratique de ce poste. L’absence d’élection directe pourrait concentrer davantage le pouvoir autour du président de la République et réduire le rôle du Parlement et du Sénat dans la supervision des successions. Par ailleurs, la coexistence du vice-président avec le Premier ministre pourrait engendrer des chevauchements de responsabilités ou des tensions internes, transformant l’exécutif bicéphale actuel en une structure tripolaire plus complexe. Enjeux régionaux et perspectives Dans le contexte de l’Afrique centrale, caractérisé par des transitions parfois fragiles, cette réforme peut être perçue comme une garantie de continuité et de stabilité politique. Elle permet au Cameroun de se positionner comme un exemple d’anticipation institutionnelle tout en consolidant la légitimité de son exécutif. En parallèle, le succès de cette réforme dépendra de l’équilibre trouvé entre stabilité politique et ouverture démocratique, ainsi que de la capacité à définir clairement les prérogatives du vice-président pour éviter toute rivalité avec le Premier ministre. Un compromis stratégique La vice-présidence proposée par le président de la République Paul Biya apparaît comme une mesure équilibrée entre sécurisation du pouvoir et modernisation de l’exécutif. Elle offre un levier de stabilité tout en posant des questions sur la répartition des pouvoirs et la légitimité politique, qui resteront au cœur du débat parlementaire et public. Cette réforme pourrait donc constituer un outil pragmatique pour l’avenir politique du Cameroun, à condition que ses implications soient clairement encadrées et communiquées, sortant du triangle équilatéral du Professeur Roger Gabriel Nlep.

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À travers l’intervention d’Achille Bassilekin III, le Cameroun plaide pour une reconfiguration des règles commerciales au profit des économies émergentes et de l’entrepreneuriat local.

OMC à Yaoundé : l’offensive des PME africaines dans un commerce mondial fragmenté

À travers l’intervention d’Achille Bassilekin III, le Cameroun plaide pour une reconfiguration des règles commerciales au profit des économies émergentes et de l’entrepreneuriat local. L’intervention d’Achille Bassilekin III, ministre des PME, de l’économie sociale et de l’artisanat du Cameroun, lors de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à Yaoundé, s’inscrit dans une séquence géoéconomique marquée par la fragmentation du commerce mondial et la remise en cause du multilatéralisme classique. D’emblée, le ministre a positionné les PME/PMI comme des acteurs centraux de la résilience économique africaine. Dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur, marqué par les tensions commerciales et les stratégies de relocalisation, cette orientation traduit une volonté de capter une part plus significative de la valeur ajoutée. Il s’agit moins d’un discours technique que d’un signal politique : le Cameroun entend sortir d’une insertion périphérique dans le commerce international. Sur le plan géoéconomique, l’accent mis sur l’économie sociale et solidaire constitue un levier stratégique. En valorisant des modèles hybrides – entre marché et solidarité – Yaoundé tente de proposer une alternative aux paradigmes dominants, souvent inadaptés aux réalités africaines. Cette approche vise aussi à formaliser une large part de l’économie informelle, tout en consolidant la base fiscale et la cohésion sociale. L’intervention s’inscrit également dans une logique de diplomatie économique offensive. En appelant à un meilleur accès des PME africaines aux marchés internationaux, le ministre met en lumière les asymétries persistantes au sein du système commercial multilatéral. Les barrières non tarifaires, les normes techniques et les subventions des pays développés continuent de désavantager les producteurs du Sud. À cet égard, le Cameroun se positionne comme porte-voix d’un rééquilibrage des règles du jeu. Sur le plan géostratégique, ce plaidoyer intervient dans un contexte de concurrence accrue entre grandes puissances pour l’influence en Afrique. En renforçant ses capacités productives locales, le Cameroun cherche à réduire sa dépendance aux importations et à accroître son autonomie stratégique. Cette orientation rejoint les dynamiques continentales, notamment celles portées par la Zone de libre-échange africaine, même si leur mise en œuvre reste inégale. Toutefois, l’écart entre ambition politique et capacité opérationnelle demeure un défi majeur. Le financement des PME, l’accès à l’énergie, la qualité des infrastructures et la gouvernance administrative restent des contraintes structurelles. Sans réformes internes profondes, le discours porté à l’OMC risque de rester incantatoire. En définitive, l’intervention d’Achille Bassilekin III reflète une tentative de repositionnement stratégique du Cameroun dans l’économie mondiale. Entre affirmation souveraine et dépendances persistantes, elle illustre les marges étroites dont disposent les économies africaines pour transformer les règles du commerce international à leur avantage.

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