25 septembre 2026

Plus de 2 millions de Congolais vivent hors du pays

Paris : la RDC veut transformer sa diaspora en levier de puissance

La rencontre du 27 septembre à l’ambassade de la RDC en France place au premier plan une communauté de plus de 2 millions de Congolais à travers le monde. Compétences, entrepreneurs, transferts financiers, réseaux internationaux : Kinshasa cherche à mieux convertir ce capital humain en investissements, influence et développement. Plus de 2 millions de Congolais vivent hors du pays. De l’Afrique à l’Europe, cette diaspora constitue un réservoir de compétences, de capitaux et de réseaux encore insuffisamment structuré. À Paris, Kinshasa cherche à passer du lien communautaire à une véritable stratégie économique et d’influence. La diaspora congolaise s’installe au cœur de la stratégie de Kinshasa. Dimanche 27 septembre, l’ambassade de la République démocratique du Congo en France accueillera à Paris une « Rencontre avec la diaspora », sous le haut patronage du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, avec la coordination de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka et la participation de Crispin Mbadu Phanzu, ministre délégué chargé de la Francophonie et de la Diaspora. Le choix de Paris n’est pas anodin. France Diplomatie évaluait à 83 700 personnes la communauté de la RDC en France en 2022. Le ministère français de l’Intérieur recensait par ailleurs 101 911 ressortissants de RDC titulaires d’un titre de séjour en 2025, contre 94 059 en 2024, soit +8,3 %. Ces deux données ne recouvrent pas exactement le même périmètre, mais elles illustrent le poids croissant de la présence congolaise en France. À l’échelle mondiale, le phénomène est plus large. Selon les estimations des Nations unies pour 2024, environ 2,1 millions de personnes nées en RDC vivent à l’étranger. Les principaux pôles se trouvent en Afrique : Ouganda, Rwanda, Burundi et République du Congo, auxquels s’ajoutent la France et d’autres pays européens et nord-américains. La RDC figure ainsi parmi les principales terres d’origine des migrants africains, même si elle ne possède pas la première diaspora du continent. Une diaspora africaine, européenne et transnationale Cette géographie constitue une force particulière. Une partie importante de la diaspora est installée dans les pays voisins, au cœur des espaces économiques et commerciaux de l’Afrique centrale et orientale. Une autre s’est implantée en Europe, notamment en France, en Belgique et au Royaume-Uni, ainsi qu’en Amérique du Nord. Cette implantation donne aux Congolais de l’étranger un accès à plusieurs espaces économiques simultanément : marchés africains, Union européenne, Amérique du Nord, réseaux universitaires, financiers et technologiques. La diaspora n’est toutefois pas homogène. Elle comprend des salariés, commerçants, entrepreneurs, professions libérales, cadres, chercheurs, étudiants, personnels de santé, enseignants, acteurs culturels et responsables associatifs. En France, une estimation issue de données de l’Insee évoque environ 4 000 entrepreneurs, artisans, commerçants et chefs d’entreprise issus de la diaspora congolaise. Les secteurs cités sont notamment le commerce, les services, la restauration, le transport et l’entrepreneuriat. Par ailleurs, selon les données relayées par l’OIDC à partir de Campus France, 3 452 étudiants congolais de RDC étaient présents dans l’enseignement supérieur français durant l’année universitaire 2024-2025. Ces chiffres doivent être lus comme des indicateurs de tendance plutôt que comme un recensement exhaustif de la diaspora économique. À l’échelle mondiale, il n’existe pas, en revanche, de statistique consolidée permettant de répartir précisément les Congolais de la diaspora par secteur professionnel. C’est déjà l’un des enjeux : Kinshasa connaît encore imparfaitement le potentiel économique, scientifique et technologique de ses ressortissants à l’étranger. Des milliards de dollars, mais encore beaucoup de transferts familiaux La première puissance économique de la diaspora reste celle des transferts. La Banque mondiale estime que les envois de fonds reçus par la RDC représentaient 3,6 % de son PIB en 2025. Rapporté au PIB de quelque 91 milliards de dollars, cela correspond à un ordre de grandeur d’environ 3,3 milliards de dollars. Mais ces flux servent principalement à soutenir les familles, la consommation, l’éducation, la santé ou le logement. Le défi stratégique est de parvenir à convertir une partie plus importante de ces ressources en capital productif : entreprises, immobilier structuré, agriculture, industrie, numérique, infrastructures, services financiers ou transformation des matières premières. Une force réelle, mais plusieurs fragilités La diaspora congolaise dispose de plusieurs atouts : un volume humain important, une forte implantation régionale, une présence européenne ancienne, des compétences diversifiées, des réseaux associatifs, des étudiants et des entrepreneurs, ainsi qu’une capacité financière mesurable. Mais ses faiblesses sont également identifiables : fragmentation des réseaux, dispersion des initiatives, faible connaissance mutuelle des compétences, manque de données consolidées, insuffisance des mécanismes d’investissement et difficulté à transformer les transferts individuels en projets collectifs. À cela s’ajoute une autre difficulté : les populations congolaises à l’étranger comprennent une importante composante humanitaire. Fin 2025, le HCR recensait plus de 1,24 million de réfugiés et demandeurs d’asile originaires de RDC dans les pays concernés, principalement en Afrique. Cette réalité rappelle que le terme « diaspora » recouvre des situations économiques et sociales très différentes. Paris, laboratoire d’une nouvelle relation La rencontre du 27 septembre intervient donc à un moment où Kinshasa cherche à mieux organiser cette ressource humaine transnationale. La France constitue déjà un espace économique important pour la RDC. En 2025, les exportations françaises vers le Congo-Kinshasa ont représenté 190 millions d’euros, tandis que les importations françaises en provenance de RDC ont atteint 217,5 millions d’euros, contre 141 millions en 2024. La diaspora peut se situer à l’interface de ces échanges : identifier des partenaires, attirer des investisseurs, faciliter l’accès aux marchés, transférer des compétences, accompagner les entreprises congolaises et créer des passerelles technologiques. Le véritable enjeu de la rencontre parisienne dépasse ainsi le simple dialogue communautaire. Il est institutionnel : comment identifier les compétences ? Comment financer les projets ? Comment sécuriser les investissements de la diaspora ? Comment associer les entrepreneurs de Kinshasa, Lubumbashi ou Goma à ceux de Paris, Bruxelles, Londres, Johannesburg ou Montréal ? La RDC dispose déjà d’un capital humain international considérable. Ce qui lui manque encore, c’est une architecture capable de le fédérer. De communauté à réseau. De réseau à investissement. D’investissement à influence. C’est dans cette transformation que se joue désormais une partie de la

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