Cameroun : la ville d’Édéa à l’heure du choix stratégique
Quand l’IUT devient un levier géoéconomique contre le chômage et l’exode des jeunes. Le campus de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Douala à Édéa a accueilli, le mardi 23 décembre, une cérémonie de parrainage d’étudiants par Harvest Asset Management, acteur spécialisé des marchés financiers. Au-delà du geste académique, l’événement a mis en lumière un enjeu bien plus large : la capacité d’Édéa à transformer l’implantation de l’IUT en moteur économique, social et géostratégique. Pour le Pr Jacques Etame, directeur de l’IUT, le message est clair : l’université ne peut plus être une tour d’ivoire. La mutation de certaines filières, à l’image de Banque et Finance devenue Ingénierie financière, traduit une orientation résolument pratique, alignée sur les besoins du marché et les standards internationaux. L’ambition affichée est de faire du campus d’Édéa un campus d’application de l’économie universitaire, où savoirs, innovation et entreprises se rencontrent. (La ville d’Edéa) Deux projets pilotes incarnent cette vision : le transport des étudiants et les logements universitaires. Des initiatives structurantes, capables de générer des emplois locaux, d’attirer des investisseurs et de créer un écosystème économique autour du campus. Un potentiel que les étudiants eux-mêmes disent percevoir, à l’image de la présidente de l’Association des étudiants, qui souligne une meilleure appropriation des réalités professionnelles. Mais le constat est sans appel : la ville d’Édéa tarde à s’approprier l’IUT. Ni initiatives locales visibles, ni réponse structurée des collectivités territoriales décentralisées, alors même que le site est excentré et que la pression sur le logement est réelle. Une inertie préoccupante, alors qu’Édéa dispose d’atouts géostratégiques majeurs : carrefour entre Douala et Yaoundé, proximité de Kribi et de son port en eau profonde, tissu industriel historique et bassin de main-d’œuvre jeune. (Zone industrielle d’Edéa, le coeur du Cameroun) Dans un contexte marqué par le chômage des diplômés et l’exode massif des jeunes vers Douala, Yaoundé, l’Europe ou l’Amérique du Nord, l’IUT d’Édéa représente une alternative crédible. Il peut contribuer à fixer les compétences, à dynamiser le marché local de l’emploi et à repositionner la ville dans la chaîne de valeur nationale et régionale. Conscient de cet enjeu, le Pr Jacques Etame a annoncé l’organisation prochaine d’un Café-débat “Universités–Territoires”, réunissant collectivités, partenaires économiques et opérateurs privés. L’objectif : transformer une décision gouvernementale en niches d’opportunités concrètes. À Édéa, l’université est là. Reste à savoir si la ville saisira cette chance stratégique… ou la laissera passer.
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