Territoires & Société

En Afrique centrale, les écarts restent marqués, avec des scores globalement faibles traduisant des défis persistants en matière de gouvernance, de transparence et d’État de droit.

Corruption : l’Afrique subsaharienne, région la moins bien classée

Selon l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 publié par Transparency International, l’Afrique subsaharienne demeure la région la moins bien classée au monde. En Afrique centrale, les écarts restent marqués, avec des scores globalement faibles traduisant des défis persistants en matière de gouvernance, de transparence et d’État de droit. Classement des pays d’Afrique centrale – IPC 2025 Tendances régionales Le Rwanda demeure l’exception régionale, avec des mécanismes de contrôle plus stricts et une répression active des pratiques illicites. À l’inverse, la majorité des États d’Afrique centrale cumulent faiblesse institutionnelle, dépendance aux ressources extractives et instabilité sécuritaire. Les pays confrontés à des conflits prolongés — notamment la République centrafricaine et la République démocratique du Congo — enregistrent des scores particulièrement bas, la corruption y étant souvent liée aux secteurs de la défense, des ressources minières et de l’aide internationale. Un défi structurel Dans l’ensemble, l’Afrique centrale reste l’une des sous-régions les plus fragiles en matière de gouvernance. Les écarts entre textes juridiques et application effective, la faiblesse des institutions de contrôle et l’opacité budgétaire expliquent ces performances limitées. À l’horizon 2030, l’amélioration du classement passera par le renforcement de l’indépendance judiciaire, la protection des médias, la digitalisation des finances publiques et une volonté politique affirmée. Sans ces leviers, la sous-région risque de voir perdurer un cercle vicieux où corruption et sous-développement s’alimentent mutuellement.

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Au Cameroun, le report des élections législatives et municipales suscite interrogations et débats.

Cameroun : le report des législatives entre contraintes invoquées et soupçons politiques

Entre légalité constitutionnelle et malaise démocratique, un calendrier électoral sous tension Au Cameroun, le report des élections législatives et municipales suscite interrogations et débats. Le président Paul Biya a évoqué des « contraintes impérieuses » pour justifier ce décalage, sans en préciser clairement la nature. Financières, sécuritaires, institutionnelles ou politiques ? Le flou alimente les interprétations et nourrit la controverse. Officiellement, il s’agirait d’un « léger réajustement » du calendrier. Une source proche du gouvernement appelle à la « patience », assurant que les précisions seront apportées lors de la session parlementaire de mars, avec le dépôt d’un projet de loi prorogeant le mandat des élus. Le Conseil constitutionnel du Cameroun serait consulté. Juridiquement, la prorogation reste possible : les textes autorisent une extension du mandat, dans certaines limites, notamment un plafond de 18 mois pour les conseillers municipaux. Quelles contraintes réelles ? Sur le plan financier, l’organisation simultanée de scrutins peut représenter une charge lourde pour l’État, dans un contexte budgétaire contraint. Sur le plan sécuritaire, les tensions persistantes dans les régions anglophones et les menaces liées à l’extrémisme violent dans l’Extrême-Nord pourraient constituer des arguments recevables. Mais l’hypothèse politique est largement évoquée. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, serait traversé par des dissensions internes et une défiance d’une partie de sa base envers le comité central. Selon l’analyste Hilaire Kamga, ce report traduirait un embarras stratégique : le parti présidentiel ne serait pas encore prêt à afficher un front uni pour conserver sa majorité parlementaire et municipale. À qui profite le report ? À court terme, le pouvoir en place semble bénéficier d’un délai supplémentaire pour consolider ses positions, arbitrer les investitures et gérer les équilibres internes. L’opposition, en revanche, se retrouve sans échéance précise pour mobiliser et structurer ses campagnes. Pour Patricia Tomaïno Ndam Njoya, maire UDC de Foumban et candidate classée sixième à la présidentielle d’octobre 2025, cette décision illustre la « mauvaise santé de la démocratie » camerounaise. Elle dénonce une « manipulation » du calendrier électoral et appelle, comme d’autres acteurs politiques et de la société civile, à une réforme du code électoral. Avantages et inconvénients Parmi les avantages avancés : un temps supplémentaire pour sécuriser le processus, clarifier les listes électorales et stabiliser le climat politique. Mais les inconvénients sont notables : érosion de la confiance citoyenne, incertitude pour les partis concurrents et risque d’image à l’international. Si la prorogation demeure légale, la question centrale reste celle de la crédibilité démocratique. Entre nécessité technique et calcul politique, le report place le Cameroun face à un défi majeur : préserver la stabilité sans fragiliser davantage la confiance dans ses institutions.

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Congo-Brazzaville : une présidentielle sous tension entre continuité et désir d’alternance

Enjeux nationaux, équilibres régionaux et rapport de forces d’un scrutin décisif. À l’approche de l’élection présidentielle du 15 mars au Congo-Brazzaville, le scrutin dépasse le simple cadre d’une compétition électorale. Il cristallise des enjeux nationaux profonds et s’inscrit dans une dynamique régionale marquée par les recompositions politiques en Afrique centrale. Un pouvoir solidement ancré Le président sortant, Denis Sassou-Nguesso, 82 ans, brigue un nouveau mandat sous la bannière du Parti congolais du travail (PCT). Sa principale force réside dans sa longévité politique, son contrôle de l’appareil d’État et un réseau institutionnel solidement structuré. Il met en avant la stabilité dans un environnement régional fragilisé par les transitions militaires et les crises sécuritaires. Cependant, cette longévité constitue aussi sa principale faiblesse. Après plus de quatre décennies au pouvoir (avec une interruption entre 1992 et 1997), une partie de l’opinion aspire à l’alternance. Le bilan socio-économique reste contrasté : malgré les ressources pétrolières, le pays demeure confronté à une dette élevée, à un chômage persistant, notamment chez les jeunes, et à des inégalités sociales marquées. Une opposition plurielle mais fragmentée Face à lui, six candidats d’opposition tentent d’exister politiquement, dont Destin Gavet, Zinga Mabio Mavoungou, Dave Mafoula, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, Vivien Manangou et Anguios Nganguia Engambé. Leur principal argument repose sur la nécessité de renouveler la gouvernance, de renforcer la transparence et de diversifier l’économie. Leur faiblesse majeure réside dans leur dispersion. L’absence de candidatures issues de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) et de l’Union des démocrates humanistes-Yuki (UDH-Yuki) limite la capacité de l’opposition à fédérer un front commun. Sans coalition structurée ni implantation territoriale comparable à celle du PCT, leurs chances apparaissent réduites. Des enjeux nationaux cruciaux Sur le plan interne, les électeurs attendent des réponses concrètes : diversification hors pétrole, amélioration des services publics, réduction du coût de la vie et création d’emplois. La crédibilité du processus électoral et la transparence du scrutin constituent également des préoccupations majeures, dans un contexte où la confiance institutionnelle reste fragile. Une portée régionale Au niveau régional, le Congo-Brazzaville occupe une position stratégique en Afrique centrale. Dans une sous-région marquée par des transitions politiques sensibles et des défis sécuritaires persistants, la stabilité congolaise est perçue comme un facteur d’équilibre. Toutefois, une contestation post-électorale ou une faible participation pourrait raviver les tensions. Entre continuité institutionnelle et désir de changement, ce scrutin met à l’épreuve la capacité du système politique congolais à concilier stabilité, ouverture démocratique et redressement socio-économique.

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De la tribune présidentielle aux recouvrements du SRC, Yaoundé affiche une détermination renouvelée

Cameroun : la jeunesse mobilisée au cœur d’une offensive anticorruption

De la tribune présidentielle aux recouvrements du SRC, Yaoundé affiche une détermination renouvelée. L’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 de Transparency International confirme une tendance persistante : l’Afrique subsaharienne demeure la région la plus mal classée au monde en matière de corruption. Sur une échelle de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre), la moyenne régionale reste la plus faible au niveau mondial, traduisant l’enracinement de pratiques illicites dans de nombreux États confrontés à l’instabilité, aux conflits et à la fragilité institutionnelle. Dans ce contexte préoccupant, le Cameroun entend afficher une riposte ferme. Lors de la 60e édition de la Fête de la jeunesse, le 11 février 2026, le président Paul Biya a placé la lutte contre la corruption au rang des priorités nationales. Dans son discours solennel, il a appelé les jeunes à « rejeter les raccourcis de la fraude et du gain facile » et à « s’engager résolument pour l’éthique et l’intégrité dans la gestion des affaires publiques ». « La corruption est un poison qui mine notre développement et affaiblit la confiance entre l’État et les citoyens », a-t-il martelé, réaffirmant que « nul n’est au-dessus de la loi ». Des propos qui s’inscrivent dans la continuité de l’opération d’assainissement des finances publiques engagée depuis plusieurs années. Corruption, gouvernance et sécurité demeurent étroitement liées. Comme le souligne Transparency International, les dérives ne se limitent pas aux pots-de-vin administratifs : elles touchent également les secteurs de la défense, de la justice et de la gestion des ressources naturelles. Dans un environnement régional marqué par les crises sécuritaires, l’opacité budgétaire et la faiblesse des mécanismes de contrôle peuvent fragiliser davantage l’État de droit. Au Cameroun, les autorités mettent en avant des résultats concrets. Le Service du recouvrement des créances publiques (SRC) a annoncé des recouvrements jugés significatifs au cours des derniers exercices budgétaires. Plusieurs dizaines de milliards de francs CFA auraient ainsi été récupérées à la suite de procédures judiciaires et d’audits, renforçant les capacités de financement de l’État. Ces montants, selon les responsables du Trésor, contribuent à soutenir les investissements dans les infrastructures, la santé et l’éducation. Toutefois, les défis restent considérables. La corruption constitue un frein majeur au développement : elle décourage l’investissement privé, réduit l’efficacité des politiques publiques et accentue les inégalités sociales. Les financements destinés à la transition énergétique ou à l’adaptation climatique peuvent également être compromis en l’absence de transparence. Si des cadres juridiques existent, leur application effective demeure un enjeu central. L’indépendance des institutions de contrôle, la protection des lanceurs d’alerte et la liberté de la presse sont régulièrement citées comme des conditions essentielles à une gouvernance plus vertueuse. À l’approche de 2030, le Cameroun se trouve ainsi à un tournant. Entre volontarisme politique affiché, mobilisation de la jeunesse et recouvrements financiers tangibles, la lutte contre la corruption s’impose comme un impératif stratégique. Reste à transformer les engagements en résultats durables pour rompre définitivement avec le cercle vicieux reliant corruption, instabilité et sous-développement.

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Paul Biya rappelle ainsi que la jeunesse est appelée à être le rempart et le moteur de cette stabilité, en s’appropriant les valeurs républicaines et démocratiques.

Jeunesse, stabilité et ambition nationale : la boussole de Paul Biya

À la veille de la Fête de la Jeunesse, un discours de continuité stratégique et de projection responsable. À la veille de la Fête de la Jeunesse, le discours du Président de la République, Paul Biya, s’inscrit dans une tradition républicaine qui allie lucidité politique, constance stratégique et foi dans le potentiel de la jeunesse camerounaise. Loin d’un simple rituel, cette adresse trace les lignes de force d’un projet national fondé sur la stabilité, la paix et le développement inclusif, dans un contexte sous-régional et international marqué par de profondes turbulences. Sur le plan politique et institutionnel, le Chef de l’État réaffirme une vision de gouvernance fondée sur la continuité et la responsabilité. La stabilité des institutions camerounaises apparaît comme un acquis majeur, permettant au pays de préserver son unité et sa souveraineté dans un environnement géopolitique fragilisé par les conflits, le terrorisme et les recompositions stratégiques. Paul Biya rappelle ainsi que la jeunesse est appelée à être le rempart et le moteur de cette stabilité, en s’appropriant les valeurs républicaines et démocratiques. L’axe socio-économique occupe une place centrale dans le discours. Face aux défis de l’emploi des jeunes, le Président met en avant les politiques de promotion de l’entrepreneuriat, de la formation professionnelle et de l’économie productive. L’industrialisation progressive, la transformation locale des matières premières et la modernisation des infrastructures s’inscrivent dans une vision géoéconomique visant à renforcer la compétitivité du Cameroun et son attractivité. La jeunesse est ici perçue non comme un problème, mais comme une solution stratégique. Sur le plan sécuritaire et géostratégique, Paul Biya souligne les efforts constants de l’État pour garantir la paix sur l’ensemble du territoire. La lutte contre Boko Haram, la préservation de l’intégrité territoriale et la coopération sécuritaire régionale témoignent d’un leadership reconnu, soucieux de protéger les populations et de créer un environnement propice au développement. La dimension culturelle et du vivre-ensemble est également mise en exergue. Dans un pays riche de sa diversité, le Président insiste sur la cohésion nationale, le dialogue et le respect mutuel comme fondements de l’identité camerounaise. La jeunesse est appelée à transcender les clivages pour bâtir une nation solidaire, fière de ses cultures et ouverte sur le monde. Enfin, en matière de coopération et de développement, le discours s’inscrit dans une diplomatie équilibrée et pragmatique. Le Cameroun, sous l’impulsion de Paul Biya, entend renforcer des partenariats mutuellement bénéfiques, au service de la paix, de la croissance et de l’émergence. En somme, ce message à la jeunesse est un appel à la responsabilité, à l’engagement et à la confiance en l’avenir, porté par une vision présidentielle qui place l’humain, la stabilité et le progrès au cœur du destin national.

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Au Cameroun, la bataille contre le VIH est aussi une bataille pour le pouvoir, l’équité et l’avenir.

VIH au Cameroun : la fracture silencieuse

Quand le genre, les territoires et l’économie politique de la santé redessinent les lignes de sécurité nationale. Les derniers résultats épidémiologiques sur le VIH au Cameroun révèlent une réalité plus profonde qu’un simple enjeu sanitaire. Derrière la baisse relative de la prévalence nationale — passée de 3,4 % à 2,6 % chez les 15-49 ans — se dessine une crise structurelle où s’entrecroisent inégalités de genre, déséquilibres territoriaux et vulnérabilités socio-économiques, avec des implications géopolitiques et géostratégiques majeures. La première ligne de fracture est genrée. Les femmes concentrent l’essentiel du fardeau : une incidence de 0,24 %, quatre fois supérieure à celle des hommes, et une prévalence de 3,6 % contre 1,6 %. Cette surreprésentation féminine traduit une combinaison de facteurs systémiques : précarité économique, asymétries de pouvoir dans les relations sociales et sexuelles, accès inégal aux services de prévention et de soins. Sur le plan de l’intelligence économique, cette réalité affecte directement le capital humain national, en fragilisant une population clé de l’économie informelle, de l’agriculture et de la reproduction sociale. La géographie du VIH renforce ces vulnérabilités. Les écarts entre le Nord (1,5 %) et la région du Centre hors Yaoundé (4,6 %) soulignent l’impact des dynamiques territoriales : mobilité interne, corridors commerciaux, densité démographique et accès différencié aux infrastructures sanitaires. Ces disparités territoriales posent un enjeu de sécurité humaine, car elles créent des poches de forte vulnérabilité susceptibles d’alimenter l’instabilité sociale, les migrations internes non maîtrisées et la pression sur les services publics. L’analyse par âge révèle un autre angle critique. Si la suppression de la charge virale atteint 95 % chez les plus de 55 ans, elle s’effondre chez les jeunes adultes. Les femmes de 15 à 24 ans et les hommes de 25 à 34 ans affichent des taux proches de 50 %. Ce décrochage générationnel met en évidence une crise de confiance et d’appropriation des politiques de santé publique. Il interroge l’efficacité des dispositifs actuels face aux mutations culturelles, numériques et socio-économiques des jeunesses camerounaises. Sur le plan géostratégique, la lutte contre le VIH s’inscrit dans une équation régionale. Le Cameroun, pivot de l’Afrique centrale, ne peut dissocier sa trajectoire sanitaire de celle de ses voisins. La circulation transfrontalière des personnes, des biens et des forces de sécurité impose une coopération renforcée en matière de surveillance épidémiologique, de financement et d’harmonisation des politiques de santé. La recommandation du ministère — intensifier le dépistage communautaire et renforcer la Couverture Sanitaire Universelle — dépasse le cadre médical. Elle relève d’un choix stratégique de développement et de souveraineté. Atteindre l’objectif d’élimination du Sida d’ici 2030 suppose d’intégrer la santé comme un pilier de la sécurité nationale, de l’attractivité économique et de la stabilité régionale. Au Cameroun, la bataille contre le VIH est aussi une bataille pour le pouvoir, l’équité et l’avenir.

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