Cameroun : Jean Ernest Ngallè Bibehè fait entrer l’IA dans la bataille contre les routes meurtrières
À Yaoundé, un forum inédit sur la sécurité routière ouvre une nouvelle ère de gouvernance technologique face à un fléau qui tue encore plus de 3 000 personnes par an. Organisé par le ministère des Transports, ce rendez-vous a réuni décideurs publics, experts techniques, start-up technologiques, assureurs, forces de sécurité et société civile. Une configuration inédite en Afrique francophone subsaharienne, où les politiques routières restent souvent fragmentées et peu numérisées. Le tout premier Forum national sur la sécurité routière a eu lieu les 29 et 30 avril 2026 à Yaoundé, sous un thème révélateur d’un changement d’époque : « L’intelligence artificielle au service de la sécurité routière ». Le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibehè, a donné le ton : « Les résolutions issues de ce forum devront refléter la quintessence des expertises réunies pour permettre au gouvernement de mieux lutter contre les accidents de la circulation ». Derrière les discours, un constat alarmant : selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, le Cameroun enregistre en moyenne plus de 16 000 accidents de la route par an, causant environ 3 000 à 3 500 décès et des dizaines de milliers de blessés. Un coût humain et économique estimé à près de 3 % du PIB national, si l’on intègre les pertes de productivité, les soins médicaux et les dommages matériels. Face à cette hémorragie, le gouvernement mise désormais sur les technologies émergentes : intelligence artificielle, systèmes de surveillance automatisés, capteurs routiers et analyse prédictive des accidents. Le forum s’inscrit dans le cadre du Plan d’Action National de la Sécurité Routière et des engagements du Cameroun dans la Décennie d’action des Nations unies 2021–2030. Les objectifs sont multiples : améliorer la gouvernance, mobiliser les financements, moderniser la gestion routière et renforcer la sensibilisation. Mais surtout, il s’agit d’introduire une logique de données dans un secteur longtemps dominé par l’approche administrative. Un expert en mobilité urbaine présent à Yaoundé résume ainsi l’enjeu : « Aujourd’hui, on ne peut plus gérer la sécurité routière sans données en temps réel. L’IA permet d’anticiper les zones de risque au lieu de seulement constater les accidents ». Parmi les innovations évoquées : systèmes de détection automatique des excès de vitesse, caméras intelligentes, cartographie des points noirs accidentogènes et plate-formes numériques de suivi des comportements routiers. Le secteur privé est également sollicité, notamment les assureurs et opérateurs télécoms, dont les données pourraient alimenter des modèles prédictifs. Dans un pays où plus de 70 % des accidents impliquent des véhicules de transport public ou interurbain, la modernisation du parc automobile et du contrôle technique devient un enjeu central. Le forum prévoit aussi des « Awards de la sécurité routière », visant à récompenser les innovations locales, signe d’une volonté d’ancrer une culture de performance. Mais au-delà de la technologie, un défi structurel demeure : l’application effective des règles et la lutte contre l’indiscipline routière. Pour les autorités, l’enjeu est désormais clair : transformer une politique souvent réactive en un système anticipatif, où l’intelligence artificielle devient un outil de gouvernance publique. À Yaoundé, c’est donc une nouvelle approche qui se dessine : celle d’une sécurité routière pilotée par la donnée, dans un pays où la route reste encore l’un des espaces les plus meurtriers du quotidien.
