31 mai 2026

Dans les récits politiques contemporains sur le Cameroun, une constante revient avec insistance : la longévité exceptionnelle du président Paul Biya.

Cameroun : Paul Biya, l’homme des fidélités oubliées

Derrière la longévité politique du président camerounais, l’histoire discrète des soutiens effacés, des réseaux silencieux et d’une mémoire sélective du pouvoir. Dans les récits politiques contemporains sur le Cameroun, une constante revient avec insistance : la longévité exceptionnelle du président Paul Biya. Mais derrière les chiffres, les mandats et les débats qu’elle suscite, une autre histoire demeure largement absente du récit public : celle des fidélités anciennes, des réseaux silencieux et des soutiens parfois oubliés qui ont accompagné, consolidé ou défendu la stabilité du régime au fil des décennies. Car gouverner longtemps produit souvent un paradoxe politique : plus le temps passe, plus la mémoire collective se raccourcit. Depuis son accession au pouvoir en 1982, Paul Biya a traversé des crises institutionnelles, des ajustements économiques douloureux, la démocratisation des années 1990, des tensions sécuritaires internes et plusieurs reconfigurations géopolitiques internationales. Cette résilience institutionnelle ne s’est pas construite dans le vide. Dans l’ombre des relations officielles, plusieurs personnalités françaises ont longtemps constitué des relais d’influence, des soutiens intellectuels, diplomatiques ou relationnels du Cameroun. Certains noms appartiennent désormais presque au registre des archives politiques. Le premier reste Guy Penne, ancien conseiller Afrique de François Mitterrand, dont la connaissance fine des équilibres africains avait fait de lui un interlocuteur écouté dans plusieurs capitales du continent. Dans une autre sphère, Roland Dumas, ancien ministre français des Affaires étrangères, aura lui aussi incarné une époque où les réseaux personnels comptaient autant que les institutions. À côté des figures politiques, des acteurs plus discrets ont également occupé des espaces d’influence moins visibles : avocats, intellectuels, responsables de réseaux culturels ou initiatiques. Jean-Yves Goëau-Brissonnière, avocat reconnu et ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, ou encore Christian Bernard, associé à certains réseaux rosicruciens, appartiennent à ces cercles rarement évoqués publiquement mais souvent présents dans les périphéries du pouvoir et des relations internationales. Ou alors la communauté Sant’Egidio du Vatican, l’Académie des sciences d’Outre-mer (ASOM) de Paris… La question n’est pas de mesurer leur influence réelle ou supposée. Elle est ailleurs : comment les systèmes politiques entretiennent-ils – ou oublient-ils – leurs fidélités ? Au Cameroun, plusieurs anciens collaborateurs du chef de l’État, anciens ministres, hauts fonctionnaires ou figures des réseaux politico-administratifs ont progressivement disparu de la scène sans véritable travail mémoriel. La verticalité du système a souvent privilégié l’efficacité immédiate à la construction d’une mémoire institutionnelle durable. Ce phénomène produit aujourd’hui un paradoxe : alors même que la stabilité du Cameroun est régulièrement présentée comme l’un des principaux héritages du président Paul Biya, ceux qui ont accompagné cette architecture politique demeurent souvent absents du récit national. Cette question dépasse les individus. Elle interroge la nature même du pouvoir durable : un système politique peut-il préserver sa continuité sans préserver la mémoire de ceux qui l’ont servi ? Dans un contexte régional marqué par les transitions brutales, les coups d’État et la fragilisation des appareils étatiques, les soutiens du président camerounais mettent en avant un argument central : la stabilité institutionnelle du pays n’est pas seulement le produit d’un homme, mais celui d’un écosystème complexe de fidélités, d’alliances et de réseaux construits sur plusieurs décennies. Reste désormais une interrogation plus politique : le Cameroun entrera-t-il dans une nouvelle phase de transmission mémorielle de son histoire contemporaine, ou continuera-t-il à laisser ses bâtisseurs silencieux dans les marges du récit national ? Car en politique, les fidélités oubliées finissent souvent par devenir des archives perdues.

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Le Code noir a surtout joué un rôle fondamental dans la construction du racisme moderne.

Le dernier cadavre juridique de l’esclavage : pourquoi la France enterre enfin le Code noir

Près de deux siècles après l’abolition de l’esclavage, la République s’apprête à effacer symboliquement le texte qui avait organisé la déshumanisation raciale dans les colonies françaises. Il aura fallu attendre 2026 pour que la France accepte enfin de rompre officiellement avec l’un des textes les plus honteux de son histoire. Adoptée à l’unanimité en commission des lois, la proposition d’abrogation symbolique du Code noir marque bien davantage qu’un simple geste mémoriel : elle représente la reconnaissance tardive d’une faillite morale et historique de l’État français. Car derrière ce texte promulgué en 1685 sous Louis XIV, élaboré sous l’autorité de Jean-Baptiste Colbert, se cachait une mécanique juridique d’une violence extrême : transformer des êtres humains en marchandises afin de sécuriser l’économie coloniale française. Le Code noir n’était pas une anomalie administrative de son époque. Il constituait le pilier central du système esclavagiste colonial français. Dans les Antilles, à Saint-Domingue, en Guyane ou dans l’océan Indien, il organisait méthodiquement la domination raciale et l’exploitation économique de millions d’Africains déportés par la traite transatlantique. Son article 44 demeure l’un des symboles les plus glaçants de cette barbarie juridique : les esclaves y sont définis comme des « biens meubles ». En quelques lignes, le droit français colonial effaçait l’humanité des personnes réduites en esclavage. Hommes, femmes et enfants devenaient des objets de propriété, vendables, transmissibles et saisissables comme du mobilier. Le texte réglementait tous les aspects de leur existence : travail forcé, déplacements, religion, punitions, mariages, transmission des enfants. Les familles pouvaient être séparées par simple vente. Les esclaves fugitifs — les « marrons » — risquaient mutilations, marquage au fer rouge ou exécution. La violence n’était pas un dérapage du système colonial ; elle en constituait le moteur. Le Code noir a surtout joué un rôle fondamental dans la construction du racisme moderne. En instituant une séparation juridique entre Blancs libres et Noirs esclavisés, il transforme progressivement la couleur de peau en hiérarchie politique et sociale. Le racisme cesse alors d’être un simple préjugé culturel : il devient une norme d’État. Cette contradiction hantera durablement l’histoire française. Tandis que les philosophes des Lumières proclament les idéaux universels de liberté et d’égalité, la France maintient dans ses colonies un système fondé sur la négation absolue de l’humanité de millions d’individus. Même la Révolution française de 1789 proclamera les droits universels tout en laissant perdurer l’esclavage dans l’empire colonial. Face à cette machine de domination, les résistances furent pourtant constantes. Marronnage, sabotages, révoltes armées, maintien clandestin des cultures africaines : les esclaves n’ont jamais cessé de lutter contre l’ordre colonial. La révolution haïtienne menée notamment par Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines portera un coup historique au système esclavagiste mondial en donnant naissance à la première république noire indépendante. Aujourd’hui, le débat dépasse largement la seule mémoire historique. Les héritages du système esclavagiste demeurent visibles dans les fractures contemporaines françaises. Aux Antilles, le scandale du chlordécone est devenu pour beaucoup le symbole d’une continuité coloniale : populations exposées pendant des décennies à un pesticide toxique afin de préserver les intérêts économiques de grands propriétaires. À Mayotte, les inégalités sociales, les pénuries d’eau et la pauvreté massive rappellent également la persistance d’un rapport périphérique entre l’Hexagone et certains territoires ultramarins. En soutenant l’abrogation symbolique du Code noir, Emmanuel Macron reconnaît implicitement qu’un texte fondé sur la négation raciale de l’humanité ne peut plus subsister dans l’ombre du droit républicain. Mais cette reconnaissance ouvre désormais un débat beaucoup plus explosif : celui des réparations, des responsabilités historiques et des conséquences contemporaines de l’esclavage colonial. Car le Code noir n’est pas seulement une archive du passé. Il demeure le révélateur brutal des contradictions françaises entre universalisme républicain et histoire coloniale. Et tant que cette mémoire restera incomplètement assumée, elle continuera de hanter le récit national.

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