8 septembre 2026

Dans l'électricité, le rapport s'inverse en partie : le Cameroun apporte une capacité de production et le Tchad devient un marché d'exportation.

Tchad-Cameroun : quand l’électricité dessine la nouvelle géopolitique africaine

Après le pétrole, l’électricité pourrait devenir le nouveau ciment de l’interdépendance entre Yaoundé et N’Djamena. Avec un projet d’importation de 100 MW d’électricité camerounaise, le Tchad ne sécurise pas seulement son approvisionnement énergétique : il ouvre une nouvelle étape dans la construction des corridors économiques d’Afrique centrale. Le Tchad s’apprête à franchir une étape importante dans sa stratégie énergétique. N’Djamena a lancé un appel d’offres pour les infrastructures nécessaires à l’importation de 100 MW d’électricité depuis le Cameroun, dans le cadre d’un projet d’interconnexion évalué à 557,5 milliards de FCFA. Le programme prévoit notamment des lignes de transport à 225 kV et des postes de transformation destinés à relier les réseaux électriques des deux pays. Les travaux côté tchadien sont annoncés sur 21 mois, avec une mise en service des premiers échanges envisagée à la mi-2028. Au-delà des chiffres, le projet traduit une évolution majeure : la relation Tchad-Cameroun ne repose plus seulement sur le transit du pétrole. Elle commence à s’étendre à l’électricité. Pour le Tchad : réduire une vulnérabilité énergétique Pour N’Djamena, l’enjeu est d’abord énergétique et économique. Le Tchad dispose d’un potentiel considérable, mais son système électrique reste confronté à des contraintes de production, de coûts et d’accès à l’énergie. Importer 100 MW du Cameroun doit permettre de renforcer l’offre disponible, de réduire la pression sur les centrales thermiques et potentiellement de diminuer les coûts de production. L’électricité est également une infrastructure de développement. Sans énergie abondante et relativement compétitive, difficile de développer durablement l’industrie, les services, les télécommunications, l’agro-industrie ou les infrastructures urbaines. Pour le Tchad, l’interconnexion est donc autant un projet énergétique qu’un projet de compétitivité. Mais elle crée aussi une nouvelle dépendance. Une partie de la sécurité électrique tchadienne reposera désormais sur la capacité du Cameroun à produire et à transporter l’énergie de manière régulière. Cette vulnérabilité doit être anticipée par des contrats solides, des capacités de réserve et une diversification progressive des sources d’approvisionnement. Pour le Cameroun : transformer son potentiel en marché régional Le Cameroun possède un avantage structurel : son potentiel hydroélectrique. Son parc comprend notamment Edéa, Song-Loulou, Lagdo, Bini à Warak et Nachtigal, dont la mise en service complète a considérablement renforcé les capacités disponibles. À terme, de nouveaux projets pourraient encore accroître l’offre. Le pays possède donc la possibilité de passer d’une logique de production nationale à une logique de puissance énergétique régionale. Vendre de l’électricité au Tchad permettrait de valoriser davantage ses capacités de production, d’améliorer la rentabilité de certaines infrastructures et de créer des recettes d’exportation. Mais là encore, le gain ne doit pas être surestimé. Exporter de l’électricité suppose de disposer d’un excédent réellement mobilisable, de réseaux fiables, d’une capacité de transport suffisante et d’une tarification économiquement soutenable. Le potentiel hydroélectrique camerounais ne devient une puissance régionale que lorsqu’il est transformé en énergie effectivement disponible et transportable. Du pétrole à l’électricité : une interdépendance qui s’épaissit Le rapprochement énergétique est particulièrement intéressant lorsqu’on le met en parallèle avec le pipeline Tchad-Cameroun. Dans le pétrole, le Tchad apporte la ressource et le Cameroun le corridor vers l’Atlantique. Dans l’électricité, le rapport s’inverse en partie : le Cameroun apporte une capacité de production et le Tchad devient un marché d’exportation. Cette inversion est géopolitiquement importante. Elle réduit la tentation de penser la relation uniquement en termes de dépendance. Les deux pays peuvent devenir simultanément fournisseur et client, pays de transit et partenaire énergétique. C’est précisément cette réciprocité qui peut donner une profondeur nouvelle à leur relation. La leçon pour la CEMAC L’enjeu dépasse largement Yaoundé et N’Djamena. La CEMAC possède des ressources énergétiques très inégalement réparties : pétrole et gaz dans certains États, potentiel hydroélectrique important dans d’autres, mais aussi d’immenses besoins non satisfaits. Le véritable défi consiste à connecter ces capacités. Une région peut disposer de pétrole sans raffineries suffisantes, d’hydroélectricité sans lignes de transport, de gaz sans centrales, de minerais sans énergie industrielle. Le problème de l’Afrique centrale n’est donc pas seulement celui des ressources. C’est celui de leur interconnexion. Le projet Tchad-Cameroun devrait ainsi être envisagé comme le début d’une architecture plus vaste : interconnexions électriques, corridors ferroviaires, routes, oléoducs, gazoducs, fibre optique et plateformes logistiques. De l’interconnexion à l’intégration La véritable ambition devrait être de construire progressivement un marché régional de l’électricité. Le Cameroun pourrait devenir un important pôle de production et d’exportation, tandis que le Tchad, la RCA et d’autres économies de la sous-région pourraient constituer des marchés de consommation en croissance. Mais cette ambition exige des investissements, des règles communes, des garanties de paiement, des mécanismes de régulation et surtout une confiance politique durable. L’électricité est en effet différente d’une marchandise classique : elle circule en temps réel et exige que les réseaux soient techniquement et financièrement compatibles. C’est pourquoi l’interconnexion électrique pourrait devenir l’un des tests les plus concrets de l’intégration régionale. Une nouvelle géopolitique des infrastructures Le projet de 100 MW révèle finalement une transformation plus profonde. Après avoir relié le Tchad au marché mondial par le pétrole, le Cameroun pourrait contribuer à le relier davantage au marché régional par l’électricité. Le pétrole avait créé une relation de transit. L’électricité peut créer une relation de réseau. Et c’est peut-être cette logique qui manque encore à l’Afrique centrale : passer d’infrastructures conçues séparément pour chaque État à des infrastructures pensées comme les composantes d’un même espace économique. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir quel pays gagne le plus. C’est de savoir si les deux pays peuvent gagner suffisamment ensemble pour rendre leur interdépendance irréversible. Pour le Tchad, 100 MW peuvent représenter davantage qu’une importation d’électricité : une possibilité d’industrialisation. Pour le Cameroun, cette exportation peut représenter davantage qu’une recette : une étape vers le statut de puissance énergétique régionale. Pour la CEMAC, enfin, le message est clair : l’intégration ne se décrète pas dans les sommets. Elle se construit dans les câbles, les rails, les pipelines, les ports et les réseaux qui rendent les économies mutuellement indispensables.

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Nommé sélectionneur des Lions Indomptables par la FECAFOOT le 1er décembre 2025, David Pagou dirige la sélection nationale depuis un peu plus de neuf mois.

Lions Indomptables : la première liste de David Pagou, entre rupture assumée et message fort

Pour sa nouvelle liste des lions appelés à démarrer les matchs éliminatoires pour la prochaine coupe d’Afrique des Nations de football, David Pagou n’a pas choisi la continuité. Le technicien camerounais a convoqué 26 joueurs pour les deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027 face aux Comores et au Congo, avant un match amical de prestige contre la Côte d’Ivoire. Entre cinq nouveaux visages, plusieurs absences de poids et aucun joueur issu du championnat camerounais, cette sélection traduit déjà une vision. Au-delà des noms, elle envoie un message sur la direction que souhaite donner le nouveau patron des Lions. Une liste qui ouvre un nouveau cycle Nommé sélectionneur des Lions Indomptables par la FECAFOOT le 1er décembre 2025, David Pagou dirige la sélection nationale depuis un peu plus de neuf mois. Cette première liste dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2027 constitue donc son premier véritable acte fondateur dans une campagne qualificative. Le rendez-vous est important. Les Lions affronteront les Comores à Yaoundé puis le Congo à l’extérieur avant de terminer leur rassemblement par une opposition de prestige contre les Éléphants de Côte d’Ivoire. Trois rencontres qui permettront de mesurer l’état de la sélection et d’évaluer les premières orientations du nouveau staff. Cinq nouveaux visages pour préparer l’avenir Le premier enseignement de cette liste est le renouvellement de l’effectif. David Pagou a offert une première convocation à cinq joueurs : Leur présence récompense leurs performances en club, mais traduit aussi une volonté d’élargir la base de la sélection. En leur ouvrant la porte dès le début des éliminatoires, Pagou montre qu’il entend construire un groupe capable de s’inscrire dans la durée. Des absences qui interrogent… et qui s’expliquent parfois Comme souvent, les absents font presque autant parler que les convoqués. Le cas le plus marquant est celui de Nouhou Tolo. Capitaine des Lions Indomptables lors de la dernière CAN, le défenseur des Seattle Sounders disparaît de la liste sans qu’aucune explication officielle n’ait été donnée. Son absence constitue sans doute la plus grande surprise de cette première sélection. Autre forfait de poids, Carlos Baleba. Fraîchement recruté par Manchester United, le milieu de terrain manque ce rassemblement en raison d’une blessure. Son indisponibilité prive le Cameroun d’un élément appelé à devenir l’un des leaders de la nouvelle génération. Le gardien David Epassy, devenu numéro un après la mise à l’écart d’André Onana, est lui aussi absent, également en raison de problèmes physiques. Enfin, André-Frank Zambo Anguissa ne figure logiquement pas dans le groupe. Le milieu de Naples a annoncé la semaine dernière sa retraite internationale, refermant un chapitre majeur de sa carrière avec les Lions. En attaque, Christian Bassogog est également laissé de côté, signe que le sélectionneur souhaite sans doute redistribuer les cartes dans un secteur offensif en quête d’efficacité. Le football local toujours absent du rendez-vous Autre fait marquant de cette liste : aucun joueur évoluant en MTN Elite One ne figure parmi les 26 retenus. Interrogé sur cette absence, David Pagou a tenu à apporter une explication claire. Selon le sélectionneur, ce choix s’explique avant tout par l’arrêt des compétitions nationales en raison de l’intersaison. Les championnats camerounais n’étant pas en activité, les joueurs locaux ne disposent pas actuellement du rythme de compétition nécessaire pour répondre aux exigences du niveau international. Une justification qui replace cette absence dans un contexte purement sportif, sans remettre en cause la place que pourraient occuper, à l’avenir, les meilleurs éléments du championnat national en sélection. Un message clair : la concurrence est relancée À travers cette première liste, David Pagou envoie plusieurs messages. Le premier est qu’aucun statut ne garantit désormais une convocation. Le brassard porté par Nouhou Tolo lors de la dernière CAN n’a pas suffi à assurer sa présence. Les anciens cadres comprennent ainsi que la hiérarchie peut évoluer. Le deuxième message concerne la jeunesse. Les cinq néophytes montrent que les performances en club peuvent ouvrir rapidement les portes de la sélection. Enfin, Pagou semble privilégier un groupe capable de s’inscrire dans son projet plutôt qu’une simple reconduction des habitudes. Cette volonté de renouvellement sera désormais jugée sur les résultats. Une publication chargée de symbole Le calendrier offre enfin une coïncidence qui ne passe pas inaperçue. La liste est publiée le 7 septembre 2026, jour où arrive officiellement à son terme le contrat liant Marc Brys à l’État du Cameroun. Signé pour vingt-neuf mois en avril 2024, ce contrat expire ce lundi à 23 h 59. Depuis décembre 2025, David Pagou dirige déjà sportivement les Lions sous l’autorité de la FECAFOOT, tandis que Marc Brys demeurait contractuellement lié au ministère des Sports jusqu’à cette échéance. Hasard du calendrier ou volonté de donner une portée symbolique à cette première liste ? Aucun élément factuel ne permet de trancher. En revanche, cette concomitance marque la fin d’une période de coexistence institutionnelle et ouvre une nouvelle séquence autour de la sélection nationale. Le terrain comme seul juge Au final, cette première liste ressemble davantage à une déclaration d’intention qu’à une révolution. David Pagou assume le renouvellement, redistribue les cartes et fait comprendre que les places devront désormais se mériter. Les trois prochains rendez-vous face aux Comores, au Congo et à la Côte d’Ivoire permettront de savoir si ces choix audacieux constituent le début d’un nouveau cycle gagnant ou simplement une première étape dans la reconstruction des Lions Indomptables. Simon Emmanuel Minyem

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Une rentrée qui reprend ses droits

Rentrée scolaire en Sanaga-Maritime (Cameroun) : entre effervescence, vigilance et appel à l’excellence

Sous une pluie matinale qui n’a pas freiné l’enthousiasme des élèves, la Sanaga-Maritime a renoué ce lundi avec le rythme de l’école. Des rues d’Edéa aux salles de classe de Missolé, la rentrée scolaire 2026-2027 s’est déroulée sous le regard attentif des autorités administratives.

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Le continent arrive à Paris avec un nouvel instrument : l’Agence spatiale africaine (AfSA), inaugurée en avril 2025 en Égypte.

Sommet international de l’espace : A Paris, l’Afrique veut éviter une nouvelle dépendance stratégique

À Paris, les 9 et 10 septembre, le premier Sommet international sur l’espace intervient dans un contexte de recomposition des rapports de puissance. Derrière les débats sur l’innovation, la science et l’exploration se joue une bataille plus discrète : celle de l’accès aux données, aux infrastructures orbitales, aux télécommunications et aux technologies qui conditionnent désormais une partie de la souveraineté des États. Pour l’Afrique, le rendez-vous parisien constitue donc autant une opportunité qu’un test stratégique.

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