octobre 2025

France–Afrique : Le gouvernement Lecornu à l’épreuve du continent stratégique

En dĂ©voilant la composition de son gouvernement le 12 octobre, le Premier ministre français SĂ©bastien Lecornu n’a pas seulement cherchĂ© Ă  stabiliser la politique intĂ©rieure d’une France fracturĂ©e. SĂ©batien Lecornu a aussi posĂ© les bases d’un repositionnement stratĂ©gique, notamment vis-Ă -vis de l’Afrique. Dans un contexte de recul d’influence française sur le continent, le nouveau gouvernement entend conjuguer rĂ©alisme diplomatique, partenariats Ă©conomiques ciblĂ©s et sĂ©curitĂ© partagĂ©e. « La France doit parler d’égal Ă  Ă©gal avec l’Afrique, non plus au nom de l’histoire, mais au nom de l’avenir Â», aurait confiĂ© un proche du Premier ministre. Une diplomatie en reconquĂŞte La reconduction de Jean-NoĂ«l Barrot aux Affaires Ă©trangères et la nomination de Catherine Vautrin aux ArmĂ©es tĂ©moignent d’un double impĂ©ratif : rĂ©affirmer la prĂ©sence stratĂ©gique française tout en rĂ©inventant les relations bilatĂ©rales dans un environnement post-Françafrique. Depuis le retrait progressif des forces françaises du Sahel et la montĂ©e en puissance d’acteurs concurrents – notamment la Russie, la Chine et la Turquie-, Paris cherche Ă  transformer ses liens traditionnels en coopĂ©rations pragmatiques, axĂ©es sur la sĂ©curitĂ© maritime, les infrastructures numĂ©riques et la formation des Ă©lites locales. Selon un diplomate africain Ă  Paris, « l’enjeu n’est plus militaire, il est Ă©conomique et culturel. L’Afrique attend des solutions, pas des leçons Â». Économie et influence : la bataille du soft power Sous la houlette de Roland Lescure Ă  l’Économie et de Nicolas Forissier au Commerce extĂ©rieur, le gouvernement Lecornu pourrait privilĂ©gier une stratĂ©gie de compĂ©titivitĂ© partagĂ©e, s’appuyant sur les entreprises françaises encore actives en Afrique : Ă©nergie, transport, tĂ©lĂ©communications, agriculture durable. La nomination d’ÉlĂ©onore Caroit Ă  la Francophonie traduit aussi une volontĂ© de reconstruire un rĂ©cit d’influence autour de la langue et de l’innovation, Ă  l’heure oĂą le français demeure parlĂ© par plus de 300 millions de locuteurs, dont 60 % en Afrique. « La bataille Ă©conomique africaine est aussi une bataille narrative », estime un analyste en intelligence Ă©conomique. Â« Si la France veut rester audible, elle doit redevenir utile Â». Une approche sĂ©curitaire redĂ©finie Le binĂ´me Laurent Nuñez (IntĂ©rieur) – Catherine Vautrin (ArmĂ©es) incarne une vision de la sĂ©curitĂ© intĂ©grĂ©e : lutte contre le terrorisme transnational, contrĂ´le migratoire concertĂ©, cybermenaces, protection des diasporas. Lecornu, ancien ministre des ArmĂ©es, maĂ®trise les enjeux militaires africains et pourrait promouvoir une logique partenariale oĂą la France n’agit plus seule, mais en coalition avec les acteurs rĂ©gionaux et europĂ©ens. Les coopĂ©rations de dĂ©fense pourraient dĂ©sormais s’inscrire dans le cadre d’un « pacte de stabilitĂ© africaine Â», fondĂ© sur la formation, le renseignement et la sĂ©curitĂ© des zones maritimes – en particulier dans le Golfe de GuinĂ©e. Lecornu, l’équilibriste de Matignon De retour Ă  Matignon dans un climat de crise politique, SĂ©bastien Lecornu hĂ©rite d’un mandat Ă  double dimension : rĂ©tablir la confiance interne et rĂ©affirmer la prĂ©sence internationale. Ses marges de manĹ“uvre restent Ă©troites, mais son profil – technicien du pouvoir, connaisseur des dossiers de dĂ©fense – pourrait lui permettre d’ancrer une nouvelle doctrine africaine, moins idĂ©ologique, plus stratĂ©gique. Pour les observateurs, le « moment Lecornu Â» pourrait marquer une transition de l’influence vers l’interdĂ©pendance, oĂą la France chercherait non plus Ă  dominer, mais Ă  durer. Grille de lecture stratĂ©gique Axe Objectif Risque OpportunitĂ© Politique intĂ©rieure Stabiliser le pays, adopter le budget Blocage parlementaire Consolidation du leadership de Lecornu Diplomatie africaine Repositionner la France Rejet du rĂ©cit nĂ©ocolonial CoopĂ©rations rĂ©gionales et francophonie Ă©conomique SĂ©curitĂ© Mutualiser les capacitĂ©s rĂ©gionales Retrait symbolique perçu comme un abandon CrĂ©ation d’un cadre africain de sĂ©curitĂ© partagĂ©e Économie Rééquilibrer les Ă©changes Concurrence chinoise et turque Nouvelles filières (Ă©nergie, numĂ©rique, agro-industrie) Influence Moderniser la francophonie Perte d’attractivitĂ© culturelle Innovation, Ă©ducation et diplomatie culturelle

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Cameroun-Présidentielle 2025 : Silence stratégique d’Issa Tchiroma

Au lendemain du scrutin prĂ©sidentiel du 12 octobre 2025, le Cameroun entre dans une zone d’incertitude politique. Tandis que les rĂ©sultats officiels se font attendre, Issa Tchiroma Bakary, l’un des principaux prĂ©tendants Ă  la magistrature suprĂŞme, a publiĂ© un message laconique assurant de sa sĂ©curitĂ©. Entre silence tactique, pressions populaires et incertitudes institutionnelles, l’après-vote dessine un tournant stratĂ©gique pour le pays. Un message cryptĂ©, une posture calculĂ©e « Peuple camerounais, vous avez parlĂ© massivement et moi, Ă  mon tour, je m’adresserai Ă  vous bientĂ´t. Je suis en sĂ©curitĂ© et en santĂ© », a dĂ©clarĂ© Issa Tchiroma Bakary, le 12 octobre 2025, via Facebook. Ce court message, publiĂ© au lendemain du scrutin prĂ©sidentiel sur les rĂ©seaux sociaux, est la première prise de parole publique du candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FNSC). Aucun commentaire supplĂ©mentaire, aucune revendication, mais une promesse de « s’adresser bientĂ´t » au peuple. Un silence interprĂ©tĂ© par de nombreux analystes comme un geste de retenue stratĂ©gique dans un contexte particulièrement volatile. Des rĂ©sultats attendus dans une atmosphère Ă©lectrique Alors que la Commission Ă©lectorale n’a encore rendu aucun rĂ©sultat officiel, les premières tendances circulant sur les rĂ©seaux sociaux dessinent un paysage Ă©lectoral partagĂ© : Issa Tchiroma et le prĂ©sident sortant Paul Biya seraient en tĂŞte dans plusieurs rĂ©gions clĂ©s. Les grandes agglomĂ©rations urbaines – Douala, YaoundĂ©, Bafoussam – semblent avoir fortement votĂ© pour le changement. « Les zones urbaines regroupent près de 60 % de la population. Les tendances montrent une poussĂ©e significative pour Issa Tchiroma, reflet des aspirations au renouveau », a dĂ©clarĂ© Ateki Seta Caxton, autre candidat en lice, tout en appelant Ă  la prudence. Une transition risquĂ©e, une stabilitĂ© en jeu Le Cameroun, pivot gĂ©opolitique en Afrique centrale, n’a jamais connu d’alternance politique rĂ©elle depuis son indĂ©pendance. Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, reprĂ©sente l’un des derniers bastions de longĂ©vitĂ© prĂ©sidentielle sur le continent et dans le monde. Une Ă©ventuelle victoire de l’opposition, inĂ©dite, redessinerait les Ă©quilibres politiques, Ă©conomiques et sĂ©curitaires du pays. Dans les rĂ©gions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les revendications sĂ©paratistes et les tensions militaires persistent. Dans l’ExtrĂŞme-Nord, Boko Haram reste une menace intermittente. Toute instabilitĂ© post-Ă©lectorale pourrait ĂŞtre exploitĂ©e par ces foyers de crise. Les puissances Ă©trangères observent en silence La communautĂ© internationale suit le processus avec une extrĂŞme attention. L’Union africaine, la CEEAC, l’UE, les États-Unis, la Chine et la Russie ont tous dĂ©ployĂ© des observateurs. Officiellement, aucun acteur ne s’est encore prononcĂ©, mais des diplomates en poste Ă  YaoundĂ© Ă©voquent en privĂ© « un moment critique pour la stabilitĂ© rĂ©gionale ». Selon une source diplomatique europĂ©enne :« Il s’agit d’un test de maturitĂ© dĂ©mocratique. Toute manipulation des rĂ©sultats pourrait engendrer une perte de crĂ©dibilitĂ© durable pour les institutions camerounaises ». Une Ă©conomie en attente, un climat d’affaires sous pression En veille stratĂ©gique, les milieux d’affaires attendent. L’économie camerounaise, fragilisĂ©e par la dette (estimĂ©e Ă  48 % du PIB), la dĂ©pendance au pĂ©trole, et une jeunesse massivement sous-employĂ©e, pourrait bĂ©nĂ©ficier d’un renouvellement du leadership. Mais les incertitudes actuelles retardent les dĂ©cisions d’investissement. Le taux de chĂ´mage des jeunes frĂ´le les 35 %, selon les estimations du ministère de l’Économie. Les projets dans l’agro-industrie, les transports, et l’énergie sont en pause, en attente de clartĂ© politique. Pour les grandes entreprises opĂ©rant dans le pays, la stabilitĂ© des institutions et la transparence du processus Ă©lectoral seront dĂ©terminantes. Une sortie de crise encore incertaine Les jours Ă  venir seront cruciaux. Le message d’Issa Tchiroma n’exclut aucun scĂ©nario : contestation, reconnaissance, ou appel Ă  un processus de transition. Sa posture actuelle semble viser Ă  Ă©viter l’escalade tout en renforçant sa lĂ©gitimitĂ© politique. « Notre pays a trop souffert. Ce n’est pas le moment d’ajouter de nouvelles blessures », a plaidĂ© Ateki Caxton dans un message empreint d’appel au calme. Le Cameroun au bord d’un tournant L’issue du scrutin prĂ©sidentiel de 2025 pourrait marquer un basculement historique pour le Cameroun. Dans cette pĂ©riode de grande incertitude, oĂą chaque mot peut peser lourd, Issa Tchiroma semble avoir choisi la stratĂ©gie du silence diplomatique. Un silence qui, en politique, vaut parfois plus qu’un discours.

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Présidentielle 2025 au Cameroun : La diaspora, sentinelle stratégique d’un scrutin à hauts risques

Alors que le Cameroun entre dans une Ă©lection marquĂ©e par les incertitudes politiques et sĂ©curitaires, le vote paisible de la diaspora – bien que minoritaire numĂ©riquement – envoie un signal fort aux partenaires internationaux et aux investisseurs. En toile de fond : stabilitĂ© rĂ©gionale, mutation politique et repositionnement gĂ©oĂ©conomique. Dans un calme presque cĂ©rĂ©monial, les Camerounais de la diaspora ont glissĂ© leur bulletin dans l’urne, loin des tensions qui marquent le terrain national. « Ce geste, c’est mon message pour l’avenir du Cameroun », dĂ©clare Bertille N., Ă©lectrice Ă  Rome. Comme elle, plus de 34 000 Ă©lecteurs rĂ©partis dans 38 pays ont votĂ©, marquant une participation modeste (0,43 % des inscrits) mais hautement stratĂ©gique dans un scrutin qui, Ă  bien des Ă©gards, dĂ©passe les frontières du pays. Une mobilisation faible, mais hautement symbolique Avec 108 centres de vote mis en place par les ambassades camerounaises, le dispositif Ă©lectoral Ă  l’étranger s’est dĂ©roulĂ© sans heurts majeurs. Ă€ Bruxelles, Daniel Evina Abe’e, Ambassadeur du Cameroun en Belgique, a saluĂ© « la maturitĂ© politique de notre diaspora ». Ă€ Paris, Washington ou Londres, les Ă©lecteurs camerounais ont affichĂ© leur volontĂ© de peser dans un processus Ă©lectoral dont la transparence reste cependant sujette Ă  caution. Une Ă©lection sous tension : Paul Biya, l’épreuve de la longĂ©vitĂ© Au Cameroun, le vote s’est ouvert dans un climat sĂ©curitaire tendu, notamment dans les rĂ©gions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest, du Nord et de l’ExtrĂŞme-Nord. MalgrĂ© un dĂ©ploiement militaire renforcĂ©, des incidents isolĂ©s ont Ă©tĂ© signalĂ©s, accentuant les doutes sur la capacitĂ© de l’État Ă  organiser un scrutin pleinement inclusif. Le prĂ©sident sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, brigue un huitième mandat Ă  92 ans. Face Ă  lui, six candidats, dont Cabral Libii, Serge Espoir Matomba, Bello Bouba Maigari et Issa Tchiroma Bakari tentent d’incarner une alternative, bien que la marge de manĹ“uvre de certaine- Ă  l’exception d’Issa Tchiroma Bakari – demeurent limitĂ©es dans un appareil Ă©lectoral largement contrĂ´lĂ© par le pouvoir. La stabilitĂ© comme argument diplomatique Dans un contexte rĂ©gional minĂ© par l’instabilitĂ© – du Sahel Ă  la RDC, en passant par la transition au Tchad -, YaoundĂ© veut apparaĂ®tre comme un bastion de stabilitĂ©. Ce positionnement sĂ©duit certains partenaires internationaux, soucieux de prĂ©server un alliĂ© stratĂ©gique dans une zone oĂą les États fragiles se multiplient. « Le Cameroun joue une carte de respectabilitĂ© institutionnelle Ă  l’étranger, mĂŞme si la scène intĂ©rieure reste verrouillĂ©e », analyse un diplomate europĂ©en. Le vote de la diaspora s’inscrit dans cette stratĂ©gie d’image, visant Ă  rassurer bailleurs de fonds, institutions financières et acteurs sĂ©curitaires. Enjeux Ă©conomiques : l’intelligence stratĂ©gique au cĹ“ur du scrutin Au-delĂ  de la dimension politique, l’élection prĂ©sidentielle de 2025 est un test pour les acteurs de l’intelligence Ă©conomique. Le Cameroun est confrontĂ© Ă  des dĂ©fis structurels : Diversification d’une Ă©conomie encore dĂ©pendante des exportations primaires (pĂ©trole, bois, cacao) ; Transition Ă©nergĂ©tique dans un pays oĂą 60 % de l’électricitĂ© provient de l’hydroĂ©lectrique ; Lutte contre la corruption et rĂ©forme de l’environnement des affaires ; SĂ©curisation des investissements dans un climat rĂ©gional instable. Les partenaires Ă©trangers observent avec attention la suite du processus Ă©lectoral, bien que leurs rĂ©actions demeurent mesurĂ©es pour l’instant. Une diaspora en Ă©veil : relais de soft power et de rĂ©forme Si leur poids Ă©lectoral reste marginal, les Camerounais de la diaspora reprĂ©sentent un levier d’influence non nĂ©gligeable. Acteurs Ă©conomiques, membres de la sociĂ©tĂ© civile ou experts internationaux, ils sont de plus en plus perçus comme des vecteurs de modernisation institutionnelle et de pression citoyenne. « Ce n’est pas seulement un vote, c’est une forme de diplomatie populaire », rĂ©sume une politologue camerounaise. Face Ă  un appareil d’État rĂ©sistant aux rĂ©formes, la diaspora apparaĂ®t comme un laboratoire d’initiatives dĂ©mocratiques, capable de tisser des ponts entre exigence locale et regard international. Le Cameroun au centre d’un Ă©quilibre fragile Avec près de 30 millions d’habitants et une position gĂ©ographique clĂ© en Afrique centrale, le Cameroun reste un acteur central dans les Ă©quilibres rĂ©gionaux. L’évolution de sa gouvernance interne aura des rĂ©percussions au-delĂ  de ses frontières. Ă€ court terme, l’enjeu pour le rĂ©gime sera de contenir les tensions post-Ă©lectorales et de prĂ©server une façade institutionnelle stable. Ă€ moyen terme, l’alternance – ou l’absence d’alternance – influencera directement les relations avec la Chine, l’Union europĂ©enne, les États-Unis et les institutions financières multilatĂ©rales. Chiffres clĂ©s • Nombre d’électeurs au Cameroun : 8 010 464 • Nombre d’électeurs de la diaspora : 34 411 (0,43 %) • Nombre de bureaux de vote Ă  l’étranger : 108 • Pays participants : 38 • Nombre de candidats : 12

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Présidentielle 2025 :  Le Cameroun vote, la région retient son souffle

Ce 12 octobre, plus de 8 millions d’électeurs camerounais sont appelĂ©s Ă  voter dans un scrutin prĂ©sidentiel Ă  un seul tour. En jeu : la continuitĂ© du rĂ©gime, les Ă©quilibres rĂ©gionaux, et la crĂ©dibilitĂ© d’un processus politique contestĂ©. Ă€ 92 ans, Paul Biya, l’un des plus anciens chefs d’État au monde, brigue un huitième mandat. PrĂ©sident depuis 1982, il reste le favori d’un scrutin organisĂ© dans un climat d’atonie politique, marquĂ© par une campagne minimale et une opposition fragmentĂ©e. L’organisme Ă©lectoral, Elecam, a ouvert 31 000 bureaux de vote pour accueillir 8,1 millions d’électeurs, dont près de 2 millions de nouveaux inscrits. « Tout est prĂŞt, mais c’est dĂ©sormais la volontĂ© des citoyens qui fera la diffĂ©rence », affirme Erick Essousse, directeur gĂ©nĂ©ral d’Elecam. Un rĂ©gime stable, mais sans alternative claire MalgrĂ© son âge, Paul Biya conserve un contrĂ´le serrĂ© de l’appareil d’État grâce Ă  son parti, le RDPC, omniprĂ©sent jusqu’au niveau local. L’absence d’un hĂ©ritier politique dĂ©signĂ© renforce cependant les incertitudes quant Ă  l’avenir du pouvoir. « Le scrutin est moins une Ă©lection qu’un test de rĂ©silience d’un système Ă  bout de souffle », note un diplomate europĂ©en. Une opposition affaiblie et divisĂ©e Dix candidats restent en lice, mais sans coordination stratĂ©gique. Cabral Libii, Joshua Osih, Issa Tchiroma Bakary, Bello Bouba MaĂŻgari ou encore Patricia Ndam Njoya mènent des campagnes dispersĂ©es, sans dynamique unificatrice. « Le pluralisme existe, mais il ne se traduit pas en force politique crĂ©dible », analyse Alice Biloa, politologue Ă  l’UniversitĂ© de Buea. SĂ©curitĂ© incertaine, voisinage inquiet Le vote se tient sous la menace des groupes jihadistes dans l’ExtrĂŞme-Nord, et de la crise anglophone au Sud-Ouest et Nord-Ouest, oĂą certains sĂ©paratistes appellent au boycott. Dans ces zones, la participation s’annonce faible. Autour du Cameroun, les voisins observent avec prudence : Le Tchad et la RCA redoutent des retombĂ©es sĂ©curitaires ; Le NigĂ©ria, prĂ©occupĂ© par la frontière commune, reste silencieux ; Le Gabon, le Congo et la GuinĂ©e Ă©quatoriale privilĂ©gient la stabilitĂ©. « Une instabilitĂ© Ă  YaoundĂ© aurait des effets domino rĂ©gionaux », avertit un analyste. Une Ă©conomie sous tension Avec un PIB de 45 milliards de dollars, le Cameroun est une locomotive de la CEMAC. Les indicateurs Ă©conomiques sont loin du potentiel rĂ©el. « Tant que la gouvernance ne change pas, le Cameroun restera bloquĂ© dans une stagnation masquĂ©e », dĂ©clarĂ© un consultant sous anonymat. Ce scrutin n’ouvre pas de compĂ©tition rĂ©elle pour le pouvoir, mais il met en lumière l’usure d’un rĂ©gime et l’absence d’alternative structurĂ©e. Pour les partenaires internationaux, le dĂ©fi est clair : prĂ©server la stabilitĂ© sans cautionner l’immobilisme.

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L’Afrique, moteur stratégique du XXIe siècle : Antonio Guterres appelle à une mobilisation globale

Dans un appel diplomatique mais sans ambiguïté, António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, a exhorté la communauté internationale à changer d’échelle dans sa relation avec l’Afrique. C’était lors du forum « Une Afrique imparable », organisé avec l’Union Africaine. Pour lui, le continent doit être reconnu non plus comme une zone à soutenir, mais comme un acteur central des équilibres économiques, énergétiques et géopolitiques du XXIe siècle. « L’Afrique recèle un potentiel immense. Il est temps de transformer cette promesse en un moteur de prospérité durable, inclusive et mondiale », a-t-il déclaré à New York. Face aux urgences démographique, climatique et sécuritaire, Guterres a tracé trois axes de transformation : Réforme systémique : l’Afrique et le nouvel ordre mondial Le discours de Guterres va au-delà des projets techniques. Il interpelle directement les règles du jeu économique mondial, affirmant que sans réforme des institutions de Bretton Woods, il sera impossible de financer cette transformation. Il a appelé à soulager la dette africaine, à éviter les crises systémiques, et surtout à accroître la représentation de l’Afrique au sein des instances de gouvernance mondiale, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU. « Le système financier international doit refléter le monde d’aujourd’hui, pas les rapports de force du siècle dernier ». L’Afrique, enjeu stratégique global En arrière-plan, le discours souligne une vérité géostratégique : l’Afrique devient un champ de projection majeur des rivalités internationales (États-Unis, Chine, Russie, Turquie, etc.), notamment autour des ressources, des terres rares, des corridors énergétiques et du contrôle numérique. Mais au lieu de subir, le continent pourrait devenir coproducteur d’un multilatéralisme repensé, basé sur l’équité et la co-souveraineté. « Investir en Afrique n’est pas un acte de solidarité. C’est un acte de clairvoyance stratégique ».

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Sécurité, énergie, jeunesse : Paul Biya réaffirme son emprise stratégique sur le Nord

Ă€ cinq jours de la prĂ©sidentielle du 12 octobre 2025, le prĂ©sident Paul Biya a lancĂ© depuis Maroua un message fort : cap sur l’économie, la jeunesse et la stabilitĂ©. Dans une rĂ©gion stratĂ©gique et convoitĂ©e, le chef de l’État joue la carte du dĂ©veloppement contre les vents contraires d’une opposition montante. Un chef d’État-candidat en pleine reconquĂŞte Ce 7 octobre 2025, c’est un Paul Biya rĂ©solument offensif qui a foulĂ© le sol brĂ»lant de Maroua, capitale politique de l’ExtrĂŞme-Nord, pour y livrer un discours Ă  double tranchant : bilan et promesses. Candidat Ă  un huitième mandat Ă  92 ans, le chef de l’État a fait de cette sortie une vitrine diplomatique et Ă©lectorale majeure. « Beaucoup a Ă©tĂ© fait, mais le meilleur est Ă  venir », a-t-il lancĂ© devant des milliers de partisans rassemblĂ©s au stade Lamido Yaya Dairou. Dans une rĂ©gion aussi stratĂ©gique qu’instable, marquĂ©e par les incursions de Boko Haram et un taux de pauvretĂ© dĂ©passant 60 %, ce dĂ©placement n’est pas une simple formalitĂ© protocolaire. Il s’agit d’une opĂ©ration de reconquĂŞte politique oĂą se joue, en creux, la crĂ©dibilitĂ© d’un pouvoir en place depuis 43 ans. DĂ©veloppement, infrastructures et Ă©nergie : le triptyque du discours prĂ©sidentiel En appelant Ă  un Cameroun de « productivitĂ© et d’opportunitĂ©s », Paul Biya a recentrĂ© son discours autour de l’économie rĂ©elle. L’annonce de la mise en chantier imminente des axes stratĂ©giques Mora–Dabanga–Kousseri et Garoua-GoundĂ©rĂ© — dans une rĂ©gion enclavĂ©e – vise Ă  restaurer la connectivitĂ© territoriale, fondement de la croissance locale. Le prĂ©sident a Ă©galement saluĂ© la montĂ©e en puissance du barrage hydroĂ©lectrique de Nachtigal et l’élargissement du rĂ©seau solaire, affirmant que « la sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique est une condition non nĂ©gociable de l’industrialisation ». Objectif : faire du septentrion un hub Ă©nergĂ©tique, logistique et agro-industriel. Selon les chiffres du ministère de l’Économie, le Cameroun a investi plus de 2 000 milliards de FCFA dans les infrastructures en dix ans, avec près de 10 700 km de routes bitumĂ©es, un chiffre citĂ© par Paul Biya lui-mĂŞme Ă  Maroua. SĂ©curitĂ© et stabilitĂ© : la clĂ© de voĂ»te de la stratĂ©gie prĂ©sidentielle Le discours prĂ©sidentiel n’a pas Ă©ludĂ© la question sĂ©curitaire. Paul Biya a saluĂ© les « succès incontestables de nos forces de dĂ©fense » face Ă  Boko Haram. Pourtant, la rĂ©gion reste sous tension : plus de 734 000 personnes y vivent en insĂ©curitĂ© alimentaire (OCHA, dĂ©cembre 2024), et les rĂ©centes inondations ont affectĂ© 459 000 autres, dĂ©truisant habitations, cultures et cheptels. Face Ă  cette situation, le prĂ©sident promet une rĂ©ponse intĂ©grĂ©e : militaro-humanitaire, mais aussi Ă©conomique, avec le lancement de projets agricoles et de rĂ©silience climatique. « Sans paix, pas de dĂ©veloppement. Et sans dĂ©veloppement, la paix reste fragile », a-t-il martelĂ©. La jeunesse comme levier stratĂ©gique Dans un pays oĂą plus de 70 % de la population a moins de 35 ans, la jeunesse est la cible clĂ© de la rhĂ©torique prĂ©sidentielle. Ă€ Maroua, Paul Biya a promis la rĂ©forme du Fonds national de l’emploi, le renforcement de la formation professionnelle et la facilitation du financement des projets jeunes. « Je ne prendrai aucun repos tant que des progrès significatifs n’auront pas Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s », a-t-il insistĂ©, promettant des milliers d’emplois Ă  travers les secteurs agricoles, artisanaux et numĂ©riques. Ce message s’adresse Ă  une jeunesse souvent marginalisĂ©e, mais Ă©lectoralement dĂ©cisive. Un message d’unitĂ© nationale sous tension politique Alors que les rĂ©gions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) et l’ExtrĂŞme-Nord sont toujours classĂ©es zones Ă©conomiquement sinistrĂ©es, le prĂ©sident Biya a rĂ©affirmĂ© « la nĂ©cessitĂ© d’un Cameroun uni, paisible, moderne et prospère ». Un message d’unitĂ© nationale lancĂ© dans un contexte oĂą la cohĂ©sion territoriale est mise Ă  rude Ă©preuve. Mais cette volontĂ© de stabilitĂ© se heurte Ă  une rĂ©alitĂ© politique mouvante. Deux ex-alliĂ©s poids lourds du prĂ©sident, Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba MaĂŻgari, dĂ©sormais candidats, menacent l’hĂ©gĂ©monie du RDPC dans le Septentrion. La clameur « Tchiroma PrĂ©sident ! » lancĂ©e par des Ă©lèves au passage du cortège prĂ©sidentiel a cristallisĂ© un malaise latent. Un signe que la dynamique de terrain pourrait Ă©chapper au contrĂ´le de YaoundĂ©. Entre soft power interne et guerre d’influence Cette visite de Paul Biya Ă  Maroua, au-delĂ  de sa charge symbolique, est aussi une manĹ“uvre d’intelligence politique. Elle vise Ă  restaurer un capital de confiance dans un Ă©lectorat stratĂ©gique, Ă  rassurer les bailleurs internationaux et Ă  maintenir le cap d’un Cameroun attractif pour les investisseurs. Sur le plan Ă©conomique, le pays dispose de rĂ©serves minières encore sous-exploitĂ©es et d’un potentiel agropastoral considĂ©rable. La stabilitĂ© politique est donc un argument central pour maintenir les investissements Ă©trangers, en particulier chinois, français et turcs, dans les infrastructures, les mines et l’énergie. Un pari risquĂ© mais assumĂ© Ă€ Maroua, Paul Biya a tentĂ© de redĂ©finir la campagne sur ses propres termes : bilan, sĂ©curitĂ©, dĂ©veloppement. Mais dans un contexte d’émergence de figures alternatives, de fractures sociales persistantes et de fatigue dĂ©mocratique, la réélection du doyen des chefs d’État africains repose sur un fragile Ă©quilibre entre l’ordre Ă©tabli et l’appel au renouveau. Ă€ quelques jours du scrutin du 12 octobre, le septennat promis par Paul Biya ressemble autant Ă  une offre de continuitĂ© qu’à une dĂ©monstration de force diplomatique face Ă  une opposition qui monte et une jeunesse en attente. EncadrĂ© – Chiffres clĂ©s :

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Les Émirats arabes unis en Afrique centrale : une stratégie d’influence ciblée, le cas du Cameroun

L’influence croissante des Émirats arabes unis (EAU) en Afrique ne se limite plus aux grandes puissances rĂ©gionales ou aux zones cĂ´tières stratĂ©giques.  L’Afrique centrale, longtemps marginalisĂ©e dans les dynamiques d’investissements globaux, devient Ă  son tour une zone d’intĂ©rĂŞt croissant pour Abou Dhabi. Ce recentrage gĂ©ographique illustre une ambition claire : Ă©tendre leur empreinte Ă  des rĂ©gions encore peu disputĂ©es, tout en sĂ©curisant des ressources et des leviers d’influence politique. Le Cameroun, avec sa position gĂ©ostratĂ©gique entre l’Afrique de l’Ouest et centrale, attire de plus en plus l’attention Ă©miratie. En 2024, des discussions ont Ă©tĂ© amorcĂ©es autour de projets dans les domaines portuaire, Ă©nergĂ©tique et agricole. Les Émirats envisagent notamment de moderniser des infrastructures logistiques, via DP World, et d’investir dans l’agriculture irriguĂ©e dans le Nord-Cameroun, rĂ©gion confrontĂ©e Ă  l’insĂ©curitĂ© alimentaire et aux effets du changement climatique. Ce type d’initiative renforce non seulement leur image de partenaire du dĂ©veloppement, mais aussi leur prĂ©sence dans des zones frontalières sensibles, oĂą se jouent des enjeux de sĂ©curitĂ© transnationale (extrĂ©misme violent, trafics). Au niveau rĂ©gional, les Émirats ont conclu en 2025 un partenariat Ă©conomique global (CEPA) avec la RĂ©publique centrafricaine, assorti de projets miniers et d’investissements dans les infrastructures. En parallèle, des initiatives sont en prĂ©paration autour du Plan national de dĂ©veloppement du Tchad, avec l’organisation d’une table ronde Ă  Abou Dhabi. Cette diplomatie Ă©conomique vise Ă  positionner les Émirats comme des facilitateurs de stabilitĂ© dans une rĂ©gion marquĂ©e par l’instabilitĂ© politique et le dĂ©sengagement progressif des bailleurs traditionnels. Sur le plan gĂ©oĂ©conomique, ces investissements permettent aux EAU de sĂ©curiser des chaĂ®nes d’approvisionnement critiques (or, uranium, agriculture) tout en diversifiant leurs propres relais de croissance. La rĂ©gion, en particulier le Cameroun, constitue un marchĂ© en expansion, encore peu saturĂ©, et un point d’ancrage logistique entre Golfe de GuinĂ©e et zones sahĂ©liennes. Enfin, la stratĂ©gie des Émirats s’inscrit dans un vide gĂ©opolitique croissant. Le retrait progressif de la France, la prudence de la Chine, et les limites de l’engagement amĂ©ricain ouvrent un espace que les Émirats investissent avec rapiditĂ© et pragmatisme. Pour les États d’Afrique centrale, notamment le Cameroun, ces partenariats offrent des opportunitĂ©s financières et diplomatiques, mais posent aussi la question de la soutenabilitĂ© sociale, environnementale et politique de cette nouvelle dĂ©pendance.

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Cameroun/Présidentielle 2025 : 8 millions de voix en jeu, le compte à rebours est lancé

Ă€ quelques jours de l’élection prĂ©sidentielle prĂ©vue le 12 octobre 2025, le chiffre est dĂ©sormais officiel. Ă€ quelques jours de l’élection prĂ©sidentielle prĂ©vue le 12 octobre 2025, le chiffre est dĂ©sormais officiel. Cette annonce saluĂ©e par certains comme un gage de transparence, suscite Ă©galement attentes dans un climat politique tendu. ConformĂ©ment aux articles 96 et 97 du Code Ă©lectoral, le Directeur gĂ©nĂ©ral des Élections, Dr Erik Essousse, a rendu publiques les listes des Ă©lecteurs et des bureaux de vote dans chaque commune, ainsi qu’auprès des ambassades et consulats Ă  l’étranger. 31 652 bureaux de vote ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s Ă  travers le territoire, et 34 296 Ă©lecteurs sont inscrits Ă  l’étranger dans 107 bureaux. Cette transparence est essentielle pour Ă©viter les soupçons », souligne un observateur Ă©lectoral Ă  YaoundĂ©. Cette publication vise Ă  renforcer la confiance dans le processus Ă©lectoral, souvent sujet Ă  controverse au Cameroun. Pour Christian Essomba Okah, prĂ©sident de la Commission d’impression du matĂ©riel Ă©lectoral, cela permet aussi d’écarter tout risque de bureaux de vote fictifs. Du cĂ´tĂ© des Ă©tats-majors politiques, ces listes sont un outil stratĂ©gique : elles permettent de cibler les zones Ă  fort potentiel Ă©lectoral et de mieux planifier les campagnes de terrain. Pour les observateurs nationaux et internationaux, ces donnĂ©es sont Ă©galement cruciales pour surveiller le dĂ©roulement du scrutin. « L’opinion publique doit savoir combien d’électeurs sont inscrits par commune, et oĂą voter », explique Patrick Pagbe, chef service des listes Ă  Elecam. Les Ă©lecteurs peuvent consulter ces listes dans les antennes communales ou en ligne via les plateformes numĂ©riques d’Elecam – une modernisation saluĂ©e, dans un pays oĂą l’accès Ă  l’information Ă©lectorale a longtemps Ă©tĂ© jugĂ© opaque. Alors que les tensions préélectorales montent, la publication anticipĂ©e des listes vise Ă  prĂ©venir toute contestation post-Ă©lectorale. Cette ouverture suffira-t-elle Ă  garantir la crĂ©dibilitĂ© du scrutin et l’acceptation de ses rĂ©sultats par tous les acteurs politiques ?

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Cameroun et Érythrée : les deux absents du soutien africain à la Palestine

Alors que 52 des 54 États africains ont reconnu l’État palestinien, le silence persistant du Cameroun et de l’ÉrythrĂ©e interroge. Derrière cette abstention diplomatique se dessinent des logiques sĂ©curitaires, historiques et gĂ©opolitiques bien spĂ©cifiques. Depuis la proclamation de l’indĂ©pendance palestinienne Ă  Alger en 1988, la cause palestinienne bĂ©nĂ©ficie d’un large soutien sur le continent africain. Ce soutien s’inscrit dans une tradition politique de solidaritĂ© tiers-mondiste et panafricaniste, incarnĂ©e par des figures comme Thomas Sankara, Julius Nyerere ou Nelson Mandela. Plus rĂ©cemment, la reconnaissance officielle de l’État palestinien par plusieurs pays occidentaux (Irlande, Espagne, Norvège, etc). a contribuĂ© Ă  remettre la question au centre des dĂ©bats diplomatiques mondiaux. Pourtant, au sein de l’Union africaine, deux pays dĂ©rogent Ă  cette ligne de solidaritĂ© affichĂ©e : le Cameroun et l’ÉrythrĂ©e. Leur silence, loin d’être anecdotique, met en lumière une autre lecture de la diplomatie contemporaine africaine : celle des intĂ©rĂŞts nationaux. Cameroun : la realpolitik sĂ©curitaire Au Cameroun, la non-reconnaissance de l’État palestinien s’explique en grande partie par la soliditĂ© du partenariat sĂ©curitaire avec IsraĂ«l. Depuis plus de trois dĂ©cennies, IsraĂ«l forme et Ă©quipe les forces spĂ©ciales camerounaises, notamment les unitĂ©s engagĂ©es contre Boko Haram dans le nord et les groupes sĂ©paratistes anglophones dans l’ouest. Ce soutien militaire est vital pour le rĂ©gime de Paul Biya, confrontĂ© Ă  plusieurs foyers d’instabilitĂ© internes. ReconnaĂ®tre un État palestinien aujourd’hui serait perçu comme un geste diplomatique risquĂ©, susceptible d’irriter un partenaire stratĂ©gique majeur, et d’envoyer un message ambigu aux mouvements sĂ©paratistes qui pourraient y voir un prĂ©cĂ©dent ou un soutien implicite Ă  leurs revendications. Comme le souligne David Otto, analyste sĂ©curitaire basĂ© Ă  Genève : « YaoundĂ© redoute de donner des arguments Ă  ceux qui contestent l’unitĂ© nationale, dans un contexte oĂą le rĂ©gime insiste sur le caractère indivisible du Cameroun ». ÉrythrĂ©e : le poids des rancunes historiques Dans le cas Ă©rythrĂ©en, l’abstention est davantage alimentĂ©e par un contentieux historique que par des considĂ©rations sĂ©curitaires contemporaines. Durant les annĂ©es 1980, alors que l’ÉrythrĂ©e menait sa lutte pour l’indĂ©pendance contre l’Éthiopie, l’Organisation de libĂ©ration de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat s’était rangĂ©e du cĂ´tĂ© d’Addis-Abeba. Un choix perçu comme une trahison par les combattants Ă©rythrĂ©ens, qui s’en sont longtemps souvenus. Depuis son indĂ©pendance en 1993, l’ÉrythrĂ©e cultive une diplomatie singulière, isolationniste et parfois provocatrice, souvent en rupture avec les positions de l’Union africaine. Son silence vis-Ă -vis de la Palestine semble s’inscrire dans cette tradition d’indĂ©pendance assumĂ©e, voire revendiquĂ©e, vis-Ă -vis des grands consensus diplomatiques. Une solidaritĂ© africaine aux contours moins homogènes L’abstention du Cameroun et de l’ÉrythrĂ©e ne signifie pas une hostilitĂ© ouverte Ă  l’égard de la Palestine. Elle illustre plutĂ´t la complexitĂ© croissante des positionnements diplomatiques en Afrique, Ă  l’heure oĂą les logiques de solidaritĂ© panafricaine cèdent le pas Ă  des calculs d’intĂ©rĂŞts nationaux, sĂ©curitaires ou historiques. Dans un monde multipolaire en recomposition, oĂą chaque alliance compte, la reconnaissance d’un État – aussi symbolique soit-elle  – devient un acte diplomatique hautement stratĂ©gique.

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Redessiner la carte : pour une Afrique à sa vraie échelle

Et si l’Afrique n’était pas seulement sous-Ă©valuĂ©e Ă©conomiquement et politiquement, mais aussi… cartographiquement ? Ă€ l’occasion de la Biennale Euro-Africa, chercheurs, diplomates et cartographes ont soulevĂ© un point essentiel : notre vision du continent est biaisĂ©e, car faussĂ©e dès la reprĂ©sentation gĂ©ographique que nous en avons. Au cĹ“ur du problème : la projection de Mercator. Conçue au XVIe siècle pour la navigation maritime europĂ©enne, elle demeure largement utilisĂ©e dans les manuels scolaires et les outils de gĂ©olocalisation modernes. Cette projection dĂ©forme la rĂ©alitĂ© en agrandissant artificiellement les rĂ©gions proches des pĂ´les, comme l’Europe ou l’AmĂ©rique du Nord, et en rĂ©duisant celles situĂ©es près de l’équateur – en particulier l’Afrique. RĂ©sultat : une perception erronĂ©e, mais profondĂ©ment ancrĂ©e. Sur ces cartes, le Groenland semble aussi vaste que l’Afrique, alors qu’il est en rĂ©alitĂ© quatorze fois plus petit. L’Afrique, elle, couvre plus de 30 millions de km². Elle pourrait contenir les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon et toute l’Europe de l’Ouest – ensemble. Pourtant, dans l’imaginaire collectif mondial, elle reste souvent perçue comme un continent « petit », marginal, voire pĂ©riphĂ©rique. Cette distorsion visuelle n’est pas sans consĂ©quences. Comme le rappelle la gĂ©ographe Vanessa Ehouman : « L’Afrique n’a jamais Ă©tĂ© petite. C’est notre regard qui l’a rĂ©trĂ©cie ». Une carte biaisĂ©e produit un imaginaire biaisĂ©. Elle influence les dĂ©cisions politiques, les investissements Ă©conomiques, la manière dont les citoyens du monde – y compris les Africains eux-mĂŞmes – perçoivent le continent. « Cartographier, c’est exercer du pouvoir », affirme le gĂ©ographe Philippe Rekacewicz. Une carte n’est pas neutre : elle hiĂ©rarchise l’espace, oriente les regards et donc les prioritĂ©s. Ă€ l’heure oĂą l’Afrique devient un centre stratĂ©gique global – avec une population jeune, des ressources naturelles abondantes, des terres arables, un dynamisme entrepreneurial – il est temps de lui rendre sa vĂ©ritable place sur la carte… et dans les esprits. Face Ă  cela, des alternatives Ă©mergent : la projection Gall-Peters, plus fidèle aux surfaces rĂ©elles ; des cartes centrĂ©es sur l’Afrique ; des visualisations basĂ©es sur des flux Sud-Sud ; ou encore des cartes construites Ă  partir de donnĂ©es africaines (infrastructures, rĂ©seaux logistiques, zones Ă©conomiques). Ces initiatives ne visent pas seulement Ă  corriger une image : elles participent d’un mouvement plus large de rĂ©appropriation cognitive. L’Union africaine, des ONG, des gouvernements et des universitĂ©s africaines militent pour une cartographie plus juste, en phase avec des projets ambitieux tels que la ZLECAf, l’intĂ©gration numĂ©rique ou l’Union monĂ©taire. Redessiner la carte, ce n’est pas effacer les frontières, mais replacer l’Afrique au centre d’un monde qu’elle contribue Ă  façonner. C’est reconnaĂ®tre sa vĂ©ritable Ă©chelle, sa puissance dĂ©mographique, Ă©conomique et culturelle. Une carte juste n’est pas qu’un outil gĂ©ographique : c’est un pas vers un monde plus Ă©quitable, plus lucide, plus Ă©quilibrĂ©.

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